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Amandine Moreau (E09), CMO chez iBanFirst : « La désintermédiation du secteur bancaire par la fintech a déjà commencé »

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Les banques traditionnelles ont survécu à la crise de 2008. Mais résisteront-elles à la révolution fintech ? Elles devront en tout cas céder des parts de marché – voire prendre elles-mêmes le train des innovations en cours, selon Amandine Moreau (E09), CMO d’iBanFirst.  

ESSEC Alumni : Quelles sont les principales innovations apportées par la fintech au secteur bancaire ?

Amandine Moreau : La fintech innove sur trois piliers clefs : performance, fluidité et économie. Le maître mot est l’expérience utilisateur qui, grâce à une combinaison de technologie et d’expertise financière, se voit radicalement transformée, avec des services beaucoup plus rapides et plus adaptés aux besoins réels des clients. Mais cela n’aurait pas été possible sans un cadre légal favorable.

EA : Quels obstacles au développement de la fintech les récentes directives européennes ont-elles levé ?

A. Moreau : Ces directives, connues sous le nom de DSP1 et DSP2 (pour Directives sur les Services de Paiement), ont permis de lever le monopole des banques sur certaines activités bancaires en autorisant d’autres établissements, tels que les établissements de paiement, à intervenir sur certains services. En résumé, elles ont dépoussiéré voire « ubérisé » le secteur bancaire traditionnel en place depuis le milieu du 19ème siècle. Et elles ont assis la crédibilité des fintechs auprès des utilisateurs. Sans elles, l’activité n’aurait tout simplement pas pu se développer.

EA : Comment ces directives positionnent-elles l’Europe sur le marché des fintechs par rapport au reste du monde ?

A. Moreau : Pour ce qui est de DSP2, les services d’AISP et PISP représentent une grande innovation qui vont permettre à l’Europe d’être en avance sur le sujet en comparaison au reste du monde. Il n’en demeure pas moins que sur d’autres sujets, nous restons plutôt en retard, notamment si on pense au domaine du paiement : par exemple, le paiement instantané déjà lancé dans plusieurs pays arrive seulement chez nous. Pour autant, dans l’ensemble, les fintechs européennes sont très en avance et ont, par conséquent, un gros potentiel de développement à l’international.

EA : Voit-on déjà les effets de ces directives sur le secteur bancaire ?

A. Moreau : Ça n’est aujourd’hui un secret pour personne que les établissements créés à la suite de ces directives viennent « chahuter » les banques. Le secteur est de facto profondément bouleversé par des acteurs aux capacités de développement très rapides. Les changements concernent non seulement les particuliers, qui bénéficient de nouvelles solutions pour leurs finances personnelles (on pense notamment aux « néobanques » comme N26 ou Revolut, ou à des agrégateurs comme Linxo ou Bankin), mais aussi les professionnels et les entreprises.

EA : Reste-t-il des obstacles à lever ?

A. Moreau : Selon moi, nous sommes sur le point de vivre, dans l’univers des paiements et des finances, une révolution similaire à l’arrivée d’Internet. C’est pourquoi, chez iBanFirst, nous croyons fortement en notre modèle… Mais il n’en reste pas moins de réels obstacles.
Premièrement, il faut que les banques jouent le jeu ! Leur coopération est la clef. Or si l’intérêt de DSP2 est évident pour les fintechs, il l’est moins pour les établissements bancaires – du moins à première vue. Car concrètement, on demande aux banques de développer des API permettant aux fintechs de récupérer les données des clients sans utiliser les identifiants de ces derniers. Les fintechs se retrouvent donc bêtatesteurs des API développées par les banques.
Deuxièmement, les mentalités et les cultures demeurent un obstacle au développement des fintechs. En tant que responsable marketing chez iBanFirst, je suis bien placée pour vous dire qu’il reste du chemin à parcourir pour démocratiser les services des fintechs, bousculer les habitudes et changer les mentalités, tant les sociétés et directions financières font souvent aveuglément confiance à leur banque habituelle.
Enfin, le cadre légal pose l’inévitable hiatus entre bénéfices et limites : la DSP2 réglemente uniquement les comptes de paiement. Même si la question se pose moins pour le BtoB, où iBanFirst opère, il faut autoriser les fintechs à accéder à tous les types de comptes (épargne, assurance-vie et crédit…) pour leur permettre d’étendre leur champ d’action.

EA : Aujourd’hui, qui sont les principaux acteurs de la fintech bancaire en France et en Europe ?

A. Moreau : Bien qu’ils ne relèvent pas tous de DSP1, on peut notamment citer Lendix, qui permet aux sociétés d’obtenir des prêts en moins de 48 heures ; Lydia, qui permet aux utilisateurs de se rembourser entre eux et de régler leurs achats en magasin ; Qonto, qui permet aux PME d’ouvrir un compte courant en ligne en moins de 5 minutes ; ou encore Square, qui permet aux petites entreprises d’accepter facilement des paiements en ligne et hors ligne. Deux fintechs d’origine américaine se sont aussi fait leur place sur le marché européen : Robinhood, qui permet aux utilisateurs de passer des opérations boursières sans frais ; et Coinbase, qui permet aux utilisateurs de recevoir, détenir, échanger et envoyer des crypto-monnaies. Enfin, il m’est impossible ne pas mentionner iBanFirst ! Nous nous revendiquons comme le futur leader européen pour les services financiers aux entreprises opérant à l’international. Notre solution permet aux entreprises d’ouvrir des comptes dans 25 devises, et de gérer leurs besoins en change et leurs paiements internationaux en profitant des cours en temps réel.

EA : À terme, les fintechs vous paraissent-elles réellement en mesure de désintermédier le secteur bancaire et de concurrencer les établissements traditionnels ?

A. Moreau : La désintermédiation a déjà commencé ! Les chiffres en forte croissance communiqués par les fintechs sont éloquents. En revanche, je n’irai pas jusqu’à parler d’une substitution ; cela me semblerait exagéré, et même irréaliste. Les banques auront toujours l’atout de leur solidité, de leur sécurité et de leurs bilans financiers. Il faut donc nuancer le terme de concurrence ; dans un paysage profondément remodelé, les banques ont plutôt intérêt à nouer des partenariats avec les fintechs pour proposer des services additionnels à leurs clients.

EA : La question se pose-t-elle différemment pour les particuliers et pour les entreprises ? Et pour les petites et grandes entreprises ? Les acteurs de la fintech ciblent-ils plus ou moins l’une ou l’autre population ?

A. Moreau : La question de la substitution de la fintech aux établissements bancaires se pose de la même façon, mais la pénétration dépend de la maturité des marchés et des segments ciblés. Que ce soit pour les particuliers ou les entreprises, les fintechs grignotent progressivement les parts de marché des banques traditionnelles mais sont bien entendu plus performantes et agressives sur les cibles qui ont longtemps été délaissées par ces dernières : indépendants, TPE, PME, auto-entrepreneurs. Le segment des pros et des entreprises est donc particulièrement disputé.

 

Propos recueillis par Louis Armengaud Wurmser (E10), responsable des contenus ESSEC Alumni

 

À propos d’iBanFirst

Créée en 2013, iBanFirst fournit aux entreprises une plateforme de services financiers optimisés à tous les niveaux, en combinant expertise technologique, financière et maîtrise de la réglementation. Depuis ses débuts, iBanFirst a levé 10 millions d’euros afin de devenir le leader européen des services financiers aux entreprises qui ont une activité à l’international. Agréée par la Banque Nationale de Belgique, iBanFirst est le seul service 100% en ligne qui crée des IBANs nominatifs dans 25 devises.
Avec déjà plusieurs récompenses à son actif, iBanFirst vient d’être élue « Fintech scale-up » de l’année 2018 en Belgique et fait partie du reconnu « Technology Fast 50 » de Deloitte.

 

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