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Christophe Jakubyszyn (E90), journaliste : « On n’a jamais eu autant besoin de médias qui rassemblent »

None © LCI Ralph Wenig

Dans Reflets #125, le journaliste et présentateur Christophe Jakubyszyn (E90) explique comment il est passé de la rédaction du Monde aux plateaux de TF1, jusqu’à animer le débat Macron-Le Pen à la dernière présidentielle. On vous met son portrait en accès libre… abonnez-vous pour lire le reste du numéro !

Dès son enfance, Christophe Jakubyszyn fait preuve d’une curiosité insatiable. « Je suivais les actualités, j’écoutais la radio, je m’occupais du journal de mon école… » Pas étonnant dès lors qu’il prolonge ses études après Sciences Po en intégrant l’ESSEC. « Je venais d’un milieu de fonctionnaires, je voulais découvrir le monde de l’entreprise. » Il vit deux années très formatrices sur le campus. « Je me suis ouvert à une culture tout à fait nouvelle, j’ai fait de nombreuses rencontres, et je me suis beaucoup investi dans la vie associative. » Il crée notamment la division service public de la Junior Entreprise et organise avec AI ESSEC un convoi humanitaire et sanitaire à travers la Pologne, en plein effondrement du bloc de l’Est. « J’étais à fond. Je fais toujours tout à fond. »

Premières pages

Fort de son double bagage politique et économique, Christophe Jakubyszyn commence à piger pour la Lettre de l’Europe de l’Est, revue spécialisée dans les marchés de l’ex-URSS, puis décroche un CDI au sein du magazine Option Finance, avant de rejoindre la rédaction de La Tribune et de réaliser les Flashs Bourse de l’émission l’Équipe du matin sur Europe 1, présentée par Jean-Luc Delarue. « Tout allait très vite. J’aurais pu m’en satisfaire, mais je gardais le regret de ne pas avoir fait l’ENA… J’ai passé en dilettante le concours de la Commission européenne, et j’ai obtenu un poste. » Il part à Bruxelles, mais l’expérience le déçoit. « J’avais l’impression d’être un bureaucrate à la Société des Nations. Les choses n’avançaient pas, tout prenait un temps fou. » Il ressent en outre le besoin de se rapprocher du citoyen. « Je me suis dit que je servirais plus la démocratie en délivrant de l’info qu’en usant mon pantalon sur ma chaise de bureau. » Le Monde est justement en pleine restructuration suite à l’arrivée d’Edwy Plenel. « Ils cherchaient un spécialiste des transports, je m’occupais des projets d’infrastructures européennes comme Eurostar… On s’est bien trouvés. »

Des journaux à la radio

Christophe Jakubyszyn prend ses nouvelles fonctions au moment des grandes grèves de 1995. « Je commençais à peine et je me suis retrouvé sous le feu des projecteurs. » Un baptême du feu qui assoit sa crédibilité : il reste 13 ans au Monde, où il traite d’abord de sujets économiques, puis de high-tech. « Je passais ma vie dans la Silicon Valley à la fin des années 1990. J’ai rencontré tous les futurs créateurs des pépites californiennes quand ils n’étaient encore que de jeunes geeks. » Puis il bascule sur le politique et l’exécutif en 2003. « J’ai suivi Raffarin, Villepin ou encore Fillon pendant 5 ans. »

Jusqu’au jour où Alain Weill, président-directeur général du groupe NextRadio TV, lui propose le poste de directeur de la rédaction de RMC. « Je n’ai pas hésité une seconde. Relever des défis, c’est mon moteur. » Propulsé à la tête d’une trentaine de journalistes, Christophe Jakubyszyn peut mettre en application les notions de management qu’on lui a enseignées à l’école. « Le plus dur, c’était de gérer les frustrations quand je choisissais untel plutôt qu’un autre pour tel ou tel reportage. J’ai appris à assumer et justifier mes décisions. Ce n’est pas toujours agréable à entendre sur le moment pour la personne concernée, mais ça empêche tout sentiment d’arbitraire, et ça aide à progresser. Or un bon manager, c’est quelqu’un qui veille à transmettre, à conseiller, à faire grandir. » Une approche qui tranche avec la culture prévalant dans la plupart des médias que Christophe Jakubyszyn a connus. « J’ai dû faire beaucoup de pédagogie pour convaincre mes collaborateurs qu’on pouvait parler ouvertement de nos problèmes en entretien individuel, que ce ne serait pas utilisé pour monter un dossier contre eux auprès des RH, que je n’étais pas là pour les juger mais pour les accompagner… Je pense que le message est passé, et j’en suis heureux. »

Passage à l’image

Fin 2012, TF1 contacte Christophe Jakubyszyn pour lui confier la responsabilité de son service politique. « D’emblée, j’avais pour feuille de route de réussir la présidentielle 2017 – d’être en tête de file sur les primaires et sur les débats électoraux. » Là encore, il n’hésite pas. Mais comment passe-t-on aussi facilement de la presse écrite à la radio puis à la télévision ? « Au fond, le cœur de métier reste le même : chercher l’information, en contournant les stratégies de communication des politiques et des entreprises, et l’expliquer aux gens, en faisant de la pédagogie. La différence en revanche, c’est l’auditoire. Le Monde s’adresse à un groupe socioprofessionnel relativement défini, assez homogène politiquement. RMC brasse déjà plus large, mais ne touche que certaines générations – je ne connais pas beaucoup de jeunes qui écoutent la radio… TF1 est pour sa part résolument grand public. Il faut composer avec une plus grande diversité d’opinions, respecter toutes les sensibilités. » Un exercice qui n’est pas pour lui déplaire – au contraire. « La véritable ouverture d’esprit, c’est de s’intéresser à ce que pensent tous les Français. » En veillant cependant à garder une exigence de neutralité : « À mon arrivée, Martin Bouygues m’a dit qu’il se fichait de donner une quelconque orientation ou couleur politique à notre ligne éditoriale. J’ai trouvé ça formidable qu’une chaîne aussi puissante et influente comprenne la nécessité d’ériger une Grande Muraille entre les actionnaires et les journalistes. » Question d’éthique, mais pas seulement. « Être partisan, c’est être clivant, s’aliéner une partie de l’audience. C’est un mauvais calcul sur le plan économique, particulièrement quand on veut se positionner en leader… »

Entrée dans la lumière

Christophe Jakubyszyn fait particulièrement la démonstration de sa neutralité le 3 mai 2017, quand il anime avec Nathalie Saint-Cricq le fameux débat télévisé entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. « Il s’agit d’un exercice très formel, très codé, très contraint. Le journaliste n’est pas là pour pousser les candidats dans leurs retranchements ; c’est à eux de pointer les erreurs de leur adversaire. Moi, je savais que j’allais être un pot de fleurs, et ça m’allait très bien. »

Cette séquence vient clôturer la mission pour laquelle TF1 l’a initialement recruté. 2018 marque une nouvelle étape de sa carrière sur la chaîne : « On m’a demandé d’être 100 % à l’antenne. C’est une perspective différente. Je reste très impliqué dans les décisions de la rédaction – je choisis mes sujets, j’écris mes textes – mais je ne fais plus de management, seulement de la présentation. J’incarne l’information. » Il espère continuer dans cette voie-là. « On recherche de plus en plus d’experts dans le métier. De spécialistes qui deviennent la référence pour tel ou tel domaine, et qu’on convoque systématiquement pour en parler. C’est le secret pour durer. » Cela signifie aussi devenir une figure médiatique. Une exposition et une pression que Christophe Jakubyszyn assume pleinement : « On doit beaucoup aux gens qui nous regardent. Il me paraît donc normal de dialoguer avec eux, ou même de leur rendre des comptes. On existe grâce à eux et pour eux. » Il admet tout de même que les réseaux sociaux peuvent être difficiles à gérer. « Les internautes sont plus agressifs. Sous couvert d’anonymat, ils se permettent d’insulter, de prendre à partie. Et je suis seul à m’occuper de mes posts, je n’ai personne pour filtrer ni pour m’aider. La seule solution, c’est de ne pas relever – d’autant que lorsque vous leur répondez, vous leur faites de la publicité. » Il n’en parcourt pas moins les commentaires attentivement. « Cela m’aide à sentir l’émotion populaire, l’air du temps. »

De fait, le digital a sensiblement impacté son secteur. Pour autant, Christophe Jakubyszyn ne croit pas à une disparition de la télévision au profit des pure players sur Internet. « Une chaîne comme TF1 conserve un rôle important, celui de partager les mêmes programmes avec le plus grand nombre de monde, de réunir la nation autour des événements qu’elle retransmet. À l’heure des bulles d’information, de la segmentation, du communautarisme, on n’a jamais eu autant besoin de médias qui rassemblent. »

 

Propos recueillis par Louis Armengaud Wurmser (E10), responsable des contenus ESSEC Alumni

 

Paru dans Reflets #125. Pour accéder à l’intégralité des contenus du magazine Reflets ESSEC, cliquer ici.

 

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