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Jérôme Adam (E00), spécialiste de l’entrepreneuriat : « Je tiens des discours qu’on n’entend pas forcément ailleurs »

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Certains multientrepreneurs le sont par opportunités. D’autres, par la force des choses. Jérôme Adam (E00) a été l’un et l’autre : s’il a connu quelques revers, il a su en faire des tremplins pour mieux se relancer. Une leçon de vie qu’il professe désormais en entreprise… et sur le site d’ESSEC Alumni !

« Mon parcours est marqué par une idée forte : prendre ma vie en main. » Son bac en poche, Jérôme Adam annonce à ses parents qu’il ne reprendra pas leur domaine de champagne, contrairement à la tradition. Il préfère intégrer Sciences Po puis l’ESSEC – où on lui donne toute la liberté à laquelle il aspire. « J’ai ainsi pu partir en échange à la Nouvelle Orléans, où j’ai fait la connaissance d’un professeur de marketing qui m’a énormément influencé. » Ce dernier lui prédit qu’il créera sa propre entreprise, ratera peut-être son coup, mais s’en relèvera et tentera une nouvelle fois sa chance. « C’était la première fois que j’entendais un discours positif sur l’échec et la possibilité de rebondir. À l’époque, personne ne défendait ce genre de positions en France. »

Galop d’essai

Dès sa sortie de l’ESSEC, Jérôme Adam s’associe avec Florence Bogdelin (E99), Hélène Pigeon (E99) et Manuel da Silva pour lancer Visual Friendly, éditeur logiciel permettant de respecter les standards d'accessibilité et de lisibilité des sites Internet. « On a fait des choix audacieux mais payants. En particulier, on a recruté des collaborateurs qui n’avaient pas de diplôme mais du potentiel. Et on n’a pas été déçus. Je me souviens d’un collaborateur qui a réalisé un audit d’accessibilité des sites du Ministère des Affaires sociales, et dont le travail a tellement impressionné nos interlocuteurs qu’il a été invité à présenter son audit à tout le cabinet de la ministre Marie-Thérèse Boisseau. Il a failli refuser ; même dans ces conditions, il ne se sentait pas légitime, pas capable de prendre la parole face à ce type d’auditoire. C’est dire les complexes qu’on peut nourrir du seul fait de ne pas avoir fait d’études supérieures. Du coup je lui ai offert les services d’un media trainer, et tout s’est bien passé. Il faut veiller à pousser les autodidactes, car ils ont souvent intégré un réflexe d’autocensure… Bref, cette première incursion dans l’entrepreneuriat a aussi été une formidable école de management. »

Cependant la start-up ne trouve pas son business model. « On passait notre temps à chercher des fonds et des subventions pour notre R&D, au lieu de chercher des clients. On a atteint 15 salariés… et on a dû vendre nos actifs au bout de 5 ans. » Jérôme Adam retient la leçon : « On a trop misé sur la phase de conception, attendant que les ingénieurs nous livrent un produit parfait pour entrer sur le marché, alors qu’on aurait dû recruter des commerciaux pour lancer rapidement une première offre, puis l’améliorer. Cela nous aurait en outre permis de sortir de la dépendance aux investisseurs. Le meilleur argent, c’est celui des clients. »

Seconde manche

Ces enseignements, Jérôme Adam les met en application lorsqu’il fonde avec Florence Daumas Easy Life, agence de conseil en innovation. Et ça marche : « On a notamment développé Easymetros, appareil électronique aidant à se repérer dans les transports en commun, qui a remporté le Concours Lépine en 2009. » Le problème viendra d’ailleurs. « On a mis en ligne un dossier de la Revue des collectivités locales qui contenait un article sur nous, sans savoir qu’on n’avait pas le droit de le partager. Résultat : non seulement on a été condamnés à verser des dommages et intérêts pour contrefaçon de droits d’auteur, mais en plus l’affaire – et ses deux ans de procédure – a dissuadé un acquéreur avec lequel nous étions tombés d’accord. »

Nouveau coup dur, mais transition moins difficile : « J’avais fait attention à placer moins d’affect dans ce projet. Ça m’a aidé à accepter la situation et à ne pas m’accrocher inutilement. »

Le vent tourne

À dire vrai, cette déconvenue semble avoir été un appel d’air pour Jérôme Adam. « Ça faisait dix ans que j’évoluais dans la tech. J’avais envie d’un peu plus d’humain. C’est là que j’ai eu l’idée de réaliser des séries humoristiques sur le travailler ensemble et sur la diversité en entreprise – des sujets sur lesquels je m’étais engagé en tant qu’entrepreneur. » Il en parle à Guillaume Buffet, rencontré au sein du think tank Renaissance Numérique, et ensemble, ils développent le programme J’en Crois Pas Mes Yeux (JCPMY). « On a mis au point un modèle inédit dans le monde de la production audiovisuelle française. Habituellement, les producteurs cherchent à décrocher des subventions (CNC…) et/ou une commande d’une chaîne de télévision. Nous, on a préféré solliciter les entreprises qui pouvaient trouver un intérêt à utiliser nos contenus en interne. On leur a proposé d’acheter à l’avance les droits de diffusion de nos vidéos sous réserve que d’autres partenaires s’engagent à leurs côtés pour le même montant ; autrement, elles pouvaient retirer leurs billes. Le financement était ainsi partagé et le coût plus accessible pour chacune. » Ce système offre à la série une belle longévité. « On pensait tourner 6 épisodes. Au final, on a produit 6 saisons. »

Un succès qui rappelle l’importance de bien choisir ses associés. « On se complète bien avec Guillaume. Ça s’est particulièrement ressenti lors d’une autre de nos aventures : la réalisation du documentaire Tandem, qui retrace notre ascension du Mont Ventoux en… tandem. Une parfaite illustration de la force de notre collaboration. »

Passage de témoignage

Est-ce le fait d’avoir partagé son expérience face caméra ? Aujourd’hui, Jérôme Adam écrit un nouveau chapitre de sa vie en donnant des conférences inspirées de son parcours. « Je suis dans une phase de transmission. J’ai envie de relayer ce que j’ai appris et ce qu’on m’a appris. » Il intervient en entreprise, auprès d’un public de managers, autour du thème « Libérer son pouvoir de décision ». « Je tiens des discours qu’on n’entend pas forcément ailleurs. D’abord parce que je n’hésite pas à me confier sur mes erreurs. Ensuite parce que je prends le contrepied de certaines idées reçues. Par exemple, je valorise le doute, à condition bien sûr de savoir en sortir ; quand beaucoup y voient un signe de faiblesse, j’affirme au contraire qu’avoir trop de certitudes mène droit dans le mur. » 

Il prépare également la rédaction d’un second livre – après Entreprendre avec sa différence co-écrit avec Patrick Blanchet – et recherche un producteur pour un scénario de long métrage inspiré de sa relation avec son frère et dénonçant la banalisation de la toxicomanie. Décidément, Jérôme Adam a beaucoup à dire. Et on ne se lasse pas de l’écouter.

 

Propos recueillis par Louis Armengaud Wurmser (E11), responsable des contenus ESSEC Alumni

 

C’est les vacances ! L’occasion de faire le bilan de l’année écoulée, et de se replonger dans les archives de Reflets ESSEC Magazine. Cet article a été initialement publié courant 2018, dans le n°123. Pour accéder à l’intégralité des contenus de Reflets ESSEC Magazine, cliquer ici.

 

En savoir plus :

www.jeromeadam.com

 

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