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Manuel Herrero (E96), reporter tout terrain : « Il ne faut pas avoir peur de sortir du cadre »

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Passé du conseil au journalisme, Manuel Herrero (E96) parcourt le monde pour réaliser ses documentaires. Rencontre avec un passionné qui se joue des frontières.

ESSEC Alumni : Lors de vos études, pensiez-vous déjà au grand reportage ?

Manuel Herrero : Élevé dans une famille « anar », par une mère professeurs d’EPS et un père entraîneur de rugby, j’ai intégré une école de commerce par désir d’ouverture – et dans le même esprit, je suis devenu consultant pour acquérir des compétences généralistes. Mais ce que je préférais dans ce job, c’était passer d’une usine du Pays de Galles aux bureaux de chez Chanel… Ça relevait déjà d’une approche journalistique.

EA : Quand avez-vous franchi le pas ?

M. Herrero : À 30 ans, j’ai pris deux années sabbatiques pour me nourrir de lectures et de films. L’envie de raconter des histoires et de voyager, héritée d’une enfance de globe-trotter, a peu à peu émergé.

EA : Pourquoi avoir opté pour le format documentaire ?

M. Herrero : C’était – et c’est toujours – le plus petit ticket d’entrée dans le secteur de l’audiovisuel. Non seulement le marché est en plein développement, avec beaucoup d’opportunités, mais en plus il est relativement accessible, grâce à la démocratisation des moyens techniques. Et puis plus largement, la réalisation a des points commun avec la gestion de projet : on est responsable d’un budget, d’une équipe. Ça, je savais déjà faire grâce à mes précédentes expériences.

EA : Comment vous êtes-vous lancé ?

M. Herrero : J’ai identifié les circuits de décision, la segmentation des projets. Je me suis fixé un plan à 10 ans, le temps moyen pour percer. J’ai d’abord fait des piges et des stages terrain. J’ai fait jouer le réseau – le diplôme de l’ESSEC donne du crédit auprès des producteurs.

EA : Quand votre carrière a-t-elle décollé ?

M. Herrero : En 2004, quand j’ai vendu à France 5 un documentaire sur les Jeux Olympiques. Le sport est vite devenu mon sujet de prédilection. Je m’en sers comme fenêtre sur le monde – comme un prétexte, pour aborder des sujets plus larges et pour raconter de belles histoires humaines. C’est notamment le principe des 28 épisodes que j’ai tournés pour l’émission Les Nouveaux Explorateurs sur Canal Plus, qui s’est arrêtée l’an dernier après presque 10 ans d’antenne.

EA : Quels sont les plus beaux souvenirs que vous gardez de cette émission ?

M. Herrero : Avoir pu parcourir le monde dans le cadre des Nouveaux Explorateurs est un privilège rare. L’émotion vient des rencontres et de la diversité des sujets. Mes tournages à l’Île de Pâques, dans les tribus reculées d’Ethiopie ou au fin fond de la Mongolie resteront des moments très forts, pour le réalisateur mais surtout pour l’homme. Et puis il y a des décors qui marquent : décoller en parapente au-dessus du salar d’Uyuni en Bolivie, plonger dans les îles australes au sud de la Polynésie, parcourir les canaux de Venise en kayak…

EA : En dehors des Nouveaux Explorateurs, vous avez tourné d’autres films passionnants… 

M. Herrero : Grâce à ma caméra, j’ai notamment eu accès à l’intimité de l’équipe de France de handball et aux coulisses de Roland Garros avec Rafael Nadal. J’ai aussi réalisé Coachs, film qui a été diffusé en prime time sur Canal + en 2016. L’idée était d’aller rencontrer les plus grands entraîneurs du monde, dans des sports et des cultures différentes. De l’entraîneur des All Blacks à Carlo Ancelotti, du coach de Rafael Nadal à Claude Onesta, en passant par Philippe Lucas ou le boss des gymnastes en Chine. La technique s’acquiert avec de l’expérience et un bon manuel, mais gérer la matière humaine, qui reste le sujet le plus mystérieux et complexe, c’est une autre histoire ! Les grands coachs ont souvent un supplément d’âme et une aura particulière. Je pense que leurs compétences font écho à des enjeux que nous avons tous rencontré : fixer des objectifs, rebondir après un échec, donner un sens à son travail, tirer le meilleur d’un groupe, se dépasser, gérer le succès. Autant de thèmes que l’on retrouve dans l’entreprise d’ailleurs.

EA : Quels sont vos prochains projets ?

M. Herrero : Je continue de réaliser et de produire des films sur le sport. Afin de donner une nouvelle ambition à mes projets, je me suis récemment associé à l’Agence CAPA pour développer un label Sport.

EA : Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux étudiants et jeunes diplômés de l'ESSEC ?

M. Herrero : L’ESSEC a toujours formé des jeunes audacieux, débrouillards et ouverts sur le monde. Je doute qu’ils aient besoin de mes conseils. Mais ayant eu un parcours assez atypique, je crois qu’il ne faut pas avoir peur de sortir du cadre. Ne pas être tiède, avoir des grands rêves et assumer ses passions me semblent de bonnes bases pour se régaler dans son boulot comme dans sa vie.

 

Propos recueillis par Louis Armengaud Wurmser (E11)

 

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