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Mardis de l’ESSEC : Jean-Luc Mélenchon, politicien

None © Noir sur Blanc

Jean-Luc Mélenchon, acclamé à l’ESSEC ? C’est ce qu’ont titré les médias au lendemain de l’intervention du candidat de la France insoumise aux Mardis de l'ESSEC. Mais si le personnage a reçu un accueil bon enfant, le programme, lui, a été sérieusement questionné. 

Qu’un candidat à la Présidence de la République, qui plus est se trouvant aux antipodes du monde des affaires qu’incarne une école de commerce, vienne prendre place dans le fauteuil rouge des Mardis à trente jours du premier scrutin, c’était inédit. Si les étudiants sont venus l’écouter par curiosité, par ouverture d’esprit et par amour du débat d’idées, que pouvait bien faire Jean-Luc Mélenchon dans cet antre du capitalisme ? « Je viens par principe d’humour et d’autodérision. » Mais sans renoncer pour autant à convaincre, lui qui revendique être un incorrigible professeur attiré par le contact avec l’intelligence qui se forme.

Leçon de morale

Quels sont les enseignements du professeur Mélenchon ? D’abord que le capitalisme dans sa forme actuelle, financiarisée, serait un système intrinsèquement immoral et mauvais en ce qu’il « détruit l’écosystème le sourire aux lèvres, persuadé que la main invisible va finir par trouver un point d’équilibre ». Cette immoralité proviendrait du fait que le capitalisme ne fixe pas de limite à l’accumulation qui se fait aux dépens de la détresse des autres. Selon Jean-Luc Mélenchon, les taux de profit à 14 % ne sont possibles qu’avec des bulles financières, tandis qu’il serait impossible pour une production matérielle de dépasser 3 ou 4 %. Peut-être est-ce là un défi que lance Jean-Luc Mélenchon aux futurs industriels qui l’écoutent ?

L’antisystème

Autre défi : celui d’une refondation des institutions françaises. S’il avait été élu, Jean-Luc Mélenchon aurait porté le projet d’une VIe République, avec la rédaction d’une nouvelle Constitution par une assemblée constituante sous le contrôle des citoyens. Il n’y aurait « pas [eu] de putsch, pas de violence », mais un référendum aurait été proposé dans la stricte application des règles de l’actuelle Constitution. Vaste programme, qui fait d’ailleurs passer Jean-Luc Mélenchon, selon lui, pour quelqu’un de trop formaliste aux yeux de ses camarades d’extrême-gauche.

Un autre monde

La France doit changer, et l’Europe aussi. On ne connaît que trop bien les projets de Jean-Luc Mélenchon pour l’Europe – un plan A et un plan B résumés en une formule choc : « L'Europe, on la change ou on la quitte ». Tout en ajoutant, devant le public des Mardis, ne pas vouloir sortir avec fracas, sans discussions, « sans quoi c’est la guerre ».

Et la guerre, Jean-Luc Mélenchon en parle, notamment lorsqu’il s’agit de terrorisme. « On ne fait pas la guerre au terrorisme, on fait la guerre à des actes terroristes qui sont aujourd’hui le fait de l’islamisme politique mais qui n’est que l’habillage de nations qui se disputent du pétrole et du gaz. » Pour faire face à ces menaces, Jean-Luc Mélenchon propose une conférence de sécurité en Europe de l’Atlantique à l’Oural, pour ne surtout pas cesser de discuter avec la Russie.

Autant dire que le débat aurait pu durer longtemps. Mais il fallait bien que la soirée – et, quelques semaines plus tard, la présidentielle – s’achève. La percée de Mélenchon n’aura été qu’une parenthèse. Jusqu’aux législatives ?

 

Propos recueillis par Louis Auvigne (étudiant).

 

Article paru dans Reflets #118. Pour s’abonner, cliquer ici.

 

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